Retour à la danse des magiciennes

 

Malgré le froid pétrifiant, je me décide à compléter le commentaire précédent,sur ce stylo Namiki tiré à 70 exemplaires en 2003, avec le sentiment de me heurter à une réalité qui me dépasse...


Oui, j'avais lancé quelques lignes sur Harogomo la belle danseuse de Namiki, agitant avec gràce ses attraits magiques et sa sensualité à la fois proche et inacessible, sans trop penser, un peu avec la naiveté de l'enfant, qui manipule de la nitroglycérine, quels ouragans son innocence pourrait produire...


Avec ce thème, de Harogomo , nous voilà servi, car d'un seul coup des analogies se mettent en place produisant le souffle mégatonique de la révélation sur la conscience.


Baouoummm!!!!


Dans une première approche je m'étais superficiellement basé sur le constat de la séduction et du désir lié à l'image même de la danse.


Proximité , donc compréhension.


Proche , en effet, par le désir que suscite la femme et par la matérialisation de la posséssion, mais en même temps sujet du mythe de la transformation, voire de la métamorphose à travers l'histoire que nous raconte le théatre japonais du Nô.


Changement d'espace-temps...


Soudain, une créature issue d'un monde désincarné se matérialise dans notre espace.


C'est ce que nous décrit la légende de "La cape céleste", qui serait la pièce la plus représentée de théatre Nô.


Hagoromo n'est pas le nom de la danseuse, mais celui de son vêtement , la cape de plumes , accessoire indispensable des Tennin, divinités proches des anges de notre culture occidentale.

 

Notons au passage que la Tennin est chargée d'écarter les démons, qui veulent s'emparer de nos corps vivants.

 

Pourquoi faire, on verra plus tard avec un post à venir sur les femmes-renards et les métamorphoses...

 

Pour l'instant je vous raconte l'histoire de hagoromo, la pièces Nôh,en deux mots :

 

"une nuit , voilà notre Tennin,de passage sur la terre, qui se fait subtiliser son hagoromo, par un pêcheur, ce dernier n'accepte de le lui rendre, que si elle aceepte de danser pour lui.

Elle s'éxécute en illustrant par sa danse les différentes phases du cycle de la lune, puis , nous plantant là, elle s'envole vers le paradis".

 

Voilà , c'est tout.


Mais comme chacun sait , cette fameuse cape est indispensable au Tennin (Dakini ?Asura ?) pour franchir les barrières de la matérialité ou du ciel à la terre, si on préfére, ou encore du paradis à la terre.


Pour faire simple, on dit qu'elle lui sert à voler d'un espace à un autre.


D'un rêve à l'autre ?

Probable.


Mais un rêve partagé par l'inconscient collectif de l'humanité entière, sous des noms différents.

 

Si on veut bien y réfléchir, c'est un thème récurrent, non seulement au Japon , mais sous tous les cieux.


Spontanément on pense à la légende du "Lac des cygnes" immortalisée par l'oeuvre de Tchaikowski, avec laquelle cette histoire change de dimension en devenant universellement compréhensible :


quête d'un féminin inaccessible par tous les protagonistes, Odile (image du féminin pervers) et Odette (ange déchue) y compris, transfiguration par l'énergie de l'amour, retour à l'androgynie primordiale par l'union charnelle des amants, chère aux taoistes etc etc.


Voilà quelque chose, qui nous fait voyager dans l'histoire des civilisations.


Ce qui me plaît dans le choix des thèmes des stylos Namiki, c'est qu'ils sont à peu près tous reliés par une dimension ontologique passionnante, qui jette des ponts en permanence d'un bout de l'univers à l'autre .


Et puisqu'on parle de pont, notons au passage l'extrème proximité de Harogomo et la légende chinoise du bouvier et de la tisserande(la fille de l'Empereur de Jade) sous leurs noms chinois de Chinhu et Niu-Lang(cf Tanabata Matsuri de Dunhill).


Là encore tout le ressort dramatique, la faute originelle, est dans la nudité révélée par la perte du vétement magique protecteur (la cape Haragomo) lors de l'immersion dans les eaux purificatrices.


Alors Béthsabée (au bain), heureuse ?


Ciao tutti.

 

Ps: je reviens bientôt pour vous causer des femmes-renardes !






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