Hagoromo et le moine Kenko.

Hagoromo
Hagoromo
Tsurezuregusa...
De "tsure", n'avoir rien a faire, laisser le pinceau courir sur le papier, l'esprit vide, Zuihitsu.
C'est tout l'art du moine Kenko, entré dans les ordres (Tendai), à la suite d'une déception amoureuse et qui nous a livré un étonnant éloge du modèle de la courtisane comme modèle de féminité.
Paradoxe de l'ére Edo, qui nous présente la courtisane sur un pied d'égalité avec d'autres images de la femme japonaise à priori plus honorables.
En effet, la courtisane, jouit (?) d'une image étonnament favorable dans l'imaginaire du Japon et par conséquent dans le notre.
Quoique confinée spatialement dans des lieux bien déterminés , comme le Yoshiwara, le grand bordel d'Edo, son image franchit-elle allégrement les barrières vertes, pour impacter notre esprit et lui donner pour l'éternité l'esprit même du féminin ?
Faut-il en faire porter la responsabilité à l'écriture galante des Contes d'Isé, puis du Genji ?
C'est plus surement vers notre moine Kenko, qu'il faut tourner le regard et tourner les pages de son Tsurezuregusa,"Les heures oisives", écrit sous l'ére Muromachi, donc au 14eme siècle , bien avant l'Ere d'Edo.
En effet, quoique reflets d'une civilisation disparue 4 siècles auparavant, l'oeuvre de Kenko n'en demeure pas moins vivace au coeur des contemporains d'Edo, comme une nostalgie ineffaçable, parfum d'un Age d'Or, magnifié par la poésie et le théatre Nô.
Ce qui nous ramène à notre belle danseuse, Hagoromo, illustrée par ce magnifique travail en Taka, Hyomon et nacre.
Lorsque Kenko nous met en garde contre l'amouren vertu du principe de non-attachement, il demeure bien dans son rôle de moine bouddhiste.
Cependant, s'appuyant sur un principe transcendant qui veut qu'on ne peut pas abandonner ce que l'on n'a pas vécu, Kenko nous ouvre une voie d'expérimentation de l'amour comme connaissance de notre être vrai, à travers le parcours de la formation de la sensibilité, caractéristique unique de l'humain dans le Ciel - Terre.
Citons le :
"Fut-il parfait en tous points, l'homme, qui n'aurait pas le goût de la vie amoureuse resterait désolant : coupe de cristal, dont il manquerait le fond".
Prise de risque totale, pour notre ego en route vers l'explosion en plein vol, comme il se produit également dans le zazen.
Cependant, Kenko ne manque pas de nous recadrer dans la voie en ajoutant, que l'amour réside moins dans la satisfaction du désir, que dans l'attente et la douleur de la séparation.
"En toutes choses, c'est dans le début et la fin qu'est le charme, mouiller ses vêtements à la rosée du soir, ne savoir oû fixer sa marche vagabonde, devoir compter avec l'homélie paternelle,la médisance du monde et y perdre la paix du coeur, avoir l'esprit troublé par mille contretemps  et encore , trop souvent solitaire sur sa couche , ne plus même trouver de nuit oû s'assoupir, n'est-ce pas le sel de la vie ?".
Alors doit-on se livrer à la débauche totale pour accéder à la pulvérisation du moi ?
Pas si sûr...
Comme il nous le recommande charitablement :
"Il est preférable de ne pas se livrer tout entier et de passer aux yeux des dames, pour n'être pas facile à prendre"!
Comme disait l'Autre "La Voie est rectiligne et facile à trouver, mais personne ne veut la prendre!".
A plus.


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