La suite, c'est le rankakku !

Namiki Tsuru, la grue.
Namiki Tsuru, la grue.

 

 

Depuis hier, nous voici bien lancés sur la piste de l'introuvable pigment blanc.

 

Dur, dur, comme me le faisait remarquer récemment le capitaine Achab, dont les avis font autorité en  matière de recherche du blanc.

 

Qu'il est beau, mais qu'il est difficile à stabiliser ce symbole de la non-couleur.

 

Nous avons compris hier, que l'urushiol, le principe actif de la peinture au laque, n'est pas compatible en émulsion avec les bases ou alcali, ce qui est malheureusement la caractéristique des blanc à base de carbonate de plomb, sous la forme naturelle ou élaborés par le procédé traditionnel et ô combien toxique de l'oxydation des barres de plomb par le vinaigre.

 

Alors que faire ?

 

Quand on ne peut obtenir directement l'effet souhaité, on peut élaborer une stratégie indirecte, comme celle du trompe l'oeil.
Sur le blog , je vous avais montré une réalisation sur la base du Yukari Royale représentant une aigrette.

 

Son plumage , effectivement blanc vous fait dire : mais oû est le problème ?

 

Si vous regardez attentivement la nuance de blanc et mieux si vous mirez à la loupe, vous constatez immédiatement que le rendu optique provient d'une superposition d'argent et de blanc gris-jaunatre.

 

La superposition est entamée par un ponçage en surface , qui laisse apparaître le substrat d'argent.

 

Les longueurs d'onde des deux couleurs en se "superposant" donnent un sentiment de blanc pour l'oeil.

 

Capté ?

 

Ceci dit le résultat ne donne pas un blanc suffisamment intense pour certains effets incontournables de la peinture au laque comme le plumage de Tsuru ou de Toki, notre grue sacrée ou de notre ibis toki.

 

Pureté, quand tu nous tiens...

 

N'oublions jamais que le "Ki" de maki-é, s'apparente à la racine chinoise signifiant justement "pur", voire transparent.

 

Mais revenons à notre petit blanc.

 

C'est souvent lorsque la complexité des impasses rends la situation désespérée, que la solution s'impose d'elle-même.

 

Comme pour Chistophe Colomb la réponse était dans l'oeuf, ou plutôt dans la coquille.
Car oû trouver un pigment blanc inaltérable disponible aisément dans la nature si ce n'est à la basse-cour !
Des oeuf blancs , on en trouve en quantité de poules, de canes et bien sûr de cailles.
Cette dernière production est celle , qui fût retenue pour rendre notre effet de blanc intense tant recherché par les artistes jusqu'à l'obsession.
Une fois débarrassé de sa peau interne, le calcaire de l'oeuf donnait toute garantie d'inaltérabilité chromatique et de celà on en avait une expérience millénaire.
Restait à résoudre le développement d'une portion de sphère sur un plan.

 

Même ramolli dans l'eau (attention pas d'acide avec mon oeuf !!), pas moyen.

 

Restait la solution de la marqueterie, le renkakku, permettant d'obtenir l'effet de blanc , les interstices des fragments de coquilles étant comblés par un jointoyage précis d'or , d'argent ou de cinabre, comme sur la photo précédente du Pilot Toki,  chef d'oeuvre extraordinaire du renkakku.

 

Notez au passage, que les coquilles , une fois appliquées sont délicatement poncées avant d'être à leur tour protégées par une ou plusieurs couches de laque transparent "super-pur".

 

Egalement, vous remarquerez, que si l'usage du laque permet de capturer "la lumière au fond des eaux boueuses", selon Laotzi, dans le cas du renkakku, c'est le contraire, les photons semblent absorbés par une matière , dont ils ne sortiront jamais.

 

En ce qui concerne l'emploi du renkakku sur les stylos en laque et Namiki en l'occurence, il ne faut pas perdre de vue que cette belle composition doit impérativement être protégée, comme l'abalone, des sueurs trop acides secrétées par la peau de certains.

 

Prenez donc l'habitude, avant de les ranger dans leurs coffrets précieux de les essuyer avec un chiffon doux.

 

Image de tsuru illustrée par Mitsui Tadahiro, calligraphe.

 

 

 

 

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