Connaissez-vous UGUITSU

 

Et le Kacho-gâ ?

 

Oui, bien sûr, vous connaissez ce codicille de la peinture chinoise, que nous traduisons du japonais par "peinture des fleurs et des oiseaux".

 

C'est un passage obligé dans la carrière d'un peintre chinois.  Donc egalement, mais en partie seulement, le bagage d'un peintre japonais comme Hokusa, qui a inspiré les laqueurs de Namiki, dans la reproduction de cette mignonne bouscarle, un petit oiseau comme un rossignol, mais qui se plairait à chanter de jour.

 

Uguitsu, la bouscarle et la fleur de prunier. Voilà tout est dit ? Pas si sur...

 

Un double sens caché se manifeste à celui - qui veut bien prendre la peine d'en découvrir les signes. Savoir tout d'abord que la peinture des fleurs de prunier est depuis le 13 eme siècle, en Chine, un genre distinct du style "fleurs et oiseaux ".

 

C'est en fait un message de reconnaissance politique de résistance à l'envahisseur mongole transmis par les lettrés chinois.

 

Il ira d'ailleurs périclitant lorsque les Ming assureront la restauration du pouvoir des Han, avant de re-naître sous différents avatars jusqu'à Mao, mais c'est une autre histoire.

 

La fleur de prunier, image de détermination.  En effet, fleur de l'Hiver, elle annonce le Printemps quand toute la nature, couverte de neige n'ose encore assumer le renouveau du principe masculin.

 

Précoce et hardie, la fleur de cerisier, comme vous le remarquez sur le stylo, fleurit avant même que n'apparaissent les feuilles timides. Renouveau, précocité.

 

Et notre petite bouscarle dans tout ça ?

 

Il faut dire que si Uguitsu est pour nous un parfait inconnu, il trouve dans le coeur des japonais une place particulièrement chère.

 

En effet, son chant "Hoohokekyo" évoque les premiers vers du soutra du Lotus, précieux entre tous, au coeur de Dogen, mais aussi et c'est surtout le message qu'il faut retenir, de Nichiren,  le Lotus-Soleil, le fameux moine "bouddhiste" du 13 eme siècle au Japon .

 

Un drôle de zig celui-là, mais il est vrai qu'on avait pu compter sur lui pour mobiliser un pays divisé lors de la menace mongole (et oui encore eux !!! ) et bien sur de ses invocations magiques au vent divin, qui dispersa la flotte de Kubilai .

 

Kaze le vent des dieux Kami, le kamikaze ...

 

Contestable ou pas la détermination de Nichiren était absolue.

 

Celle de l'uguitsu ne lui cède en rien et cette association de traits forts dissimule un esprit de combat que l'artiste a bien voulu évoquer à l'adresse de ses contemporains entre la fin de l'ére d'Edo et le début des Meiji.

 

Uguitsu était un aigle et personne ne le savait !

 

Si on se penche sur le stylo proprement dit, il fait partie de la série Yukari, précieuse, mais pas exceptionnelle puisque relevant du style Ukyo-é, donc en fait assez "vulgaire", du moins aux yeux des vrais lettrés.

 

Notez le nashi-ji de grains d'or irréguliers écrasés entre les doigts de l'artiste, afin de refléter la lumière dans tous les sens.

 

Comme vous aimez les détails, vous irez bien sûr observer la finesse du délicat plumage du volatile, réalisé en hira-maki-é, quant aux branches de prunier en arrière plan, elles sont en togigashi.

 

C'est d'autant plus remarquable que ces détails sont à peu près invisibles à l'oeil nu.

 

Voilà, mais souvenez-vous à l'avenir que les ouragans les plus terrifiants se cachent parfois dans le coeur des petits oiseaux.

 

Laissez les plutôt chanter en paix.

 

 

 

 

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