Connaissez-vous shobu ?

 

Hiroshige aimait beaucoup les iris, Hokusai aussi.

 

Mais, c'est le travail de ce dernier, qui a été retenu pour illustrer ce motif plein de poésie nocturne : les iris au clair de lune.

 

Si j'ai choisi ce thème c'est qu'il est d'actualité au calendrier. En effet, il y a deux jours nous étions le cinq Mai .

 

Et le cinq Mai, c'est ç'est à dire le cinquième jour du cinquième mois, pour compter les matsuri à la japonaise, c'était la fête des garçons .

 

C'est une belle journée pour les petits gars.

 

On va manger des mochis.

 

Sur le mat de pavillon devant chaque maison, on va aussi (ho, hisse !) hisser des oriflammes en forme de carpes.

 

Une pour chaque garçon du foyer.

 

Alors quel rapport avec les iris ?

 

Comme vous l'avez compris le langage symbolique des fleurs me passionne.

 

On y découvre des voies inattendues et paradoxales, qui me font penser à des koans.

 

En Asie, cela fait si longtemps que l'opposition des principes féminins et masculins s'est dilué dans l'unité du yin/yang, que tout le monde trouve ça naturel.

 

Même dans la langue japonaise il n'y a n'y masculin ni féminin.

Comme me le disait un ami du coin : "c'est une question de circonstance".

 

Alors, notre fête des garçons illustrée par un bouquet ? Paradoxe ?

 

Pas tant que ça .

 

En effet, vous avez certainement remarqué que les femmes aiment les fleurs, parce que, en général, ce sont des hommes qui les leur offrent.

 

Avec les iris, c'est toute la virilité du msculin, qui s'exprime.

 

En effet, les iris aux fleurs dentelées, amoureusement tranchantes, ne sont rien d'autres que l'image des armes blanches et particulièrement des sabres.

 

Dans les temps anciens, les jeunes se destinant ou désignés par leur lignage, à faire carrière sous les armes se voyaient, après les purifications d'usage, remettre des iris avec lesquels ils entamaient un combat symbolique destiné à illustrer l'aspect visible de leur initiation.

 

On se souvenait aussi, que shobu, les iris, est aussi homophone de l'expression "respect à la vaillance ".

Et n'est -ce pas ce que l'on souhaite à tous ses fils ?

 

En tous cas c'est ce que je souhaite aux miens et de ce point de vue, je m'estime comblé.

 

Petite parenthése de fièreté paternelle.

 

Oui, mais si j'avais des filles pourraient-elles être vaillantes elles -aussi?

 

Bien sûr que oui !

 

L'explication se lit sur le capuchon du stylo et on y voit une superbe lune cornue, comme celle portée par Toshiro Mifume sur son casque dans "Le chateau de l'araignée".

 

Cette belle lune féminine doublement pointue, c'est toute la virilité du féminin.

 

En effet s'il existe (parfois...) un masculin guerrier, non meurtrier, il trouve toujours son contrepoint dans la manifestation d'une virilité féminine de même énergi.

 

En Occident on l'illustre par exemple dans l'image de l'Assomption de la Vierge.

 

Alors masculin guerrier plus féminin guerrier, nous sommes bien dans une totalité !

 

Bravo Hokkusai !

 

Pour ceux qui s'intéressent à la technique, remarquez que si le croissant de lune en hira maki-é est d'or en ses extrémités, il est d'argent en son centre.

 

Difficile, non ?

 

Quant à l'arrière plan de nuages en togigashi, sur lequel est posé cette belle lune en relief, la difficulté du travail de ponçage au charbon de bois révélant le décor est d'un excellent niveau.

 

Bref et définitivement un beau stylo pour les âmes bien trempées.

 

 

 

Shobu
Shobu

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